Pierre-Marie

 

Pierre MarieBonjour, je m´appelle Pierre-Marie, j´ai 30 ans, je viens de Paris et je suis heureux de témoigner un peu de mon histoire et de la joie d´avoir reconstruit ma vie.

Aujourd´hui je me sens serein et épanoui, mais ça n´a pas toujours été le cas. Je n´ai pas vécu l´enfer de la drogue, mais au fond ça ne change pas grand-chose. Je viens d´une famille catholique aisée et d´un milieu sain, et j´ai fréquenté des écoles renommées. Mes parents ont toujours voulu ce qu´il y avait de mieux pour moi, et m´ont donné une éducation sérieuse et exigeante.

Moi, par contre, je souffrais le martyre derrière ces apparences de vie parfaite. Je voulais à tout prix être à la hauteur, être un bon fils, être un garçon bien, mais au lieu de la reconnaissance que j´attendais, j´avais l´impression que ce n´était jamais assez bien. J´ai fini par croire que j´étais « mal fait », un raté. Dans ma sensibilité blessée, j´ai souffert de ne pas être ce qu´on attendait de moi, mais je refusais de le devenir parce qu´au fond je sentais bien que ce n´était pas moi, parce que je voulais qu´on m´aime comme je suis. Les années passant, tout a empiré. A la maison régnait l´insécurité et la défiance. J´avais peu d´amis et á l´école, c’était un désastre. Ma vie était devenue un échec continu.  J´ai fini par croire que je n´étais pas fait pour être heureux et aimé, et j´ai commencé à nourrir une profonde honte de moi-même. Pour me protéger,  je me suis réfugié dans une solitude volontaire, en m´éloignant peu à peu d´une réalité que je ne supportais plus, et pendant des années j´ai tout essayé pour donner un sens à mes jours : manger à outrance, boire et faire la fête, voler, lire, étudier à haut niveau, me perdre dans un monde de fantaisie, de films, de jeux vidéo, de pornographie… A 25 ans j´étais perdu dans un univers de mensonge et de confusion, incapable de distinguer clairement la réalité, conditionné par la peur de l´échec, mais trop torturé pour réussir.

Au milieu de mes ténèbres, une petite voix a toujours résisté, une petite voix qui m´a fait repartir et réessayer ratage après ratage : « Le bonheur existe, la seule chose, c’est que ce n’est pas la bonne route ». Quand j´ai touché le fond un soir, je l´ai entendue une fois de plus. Et j´ai crié vers Dieu, plein de peur et de colère, que je voulais vivre et mon cœur s´est ouvert. J`ai vu clair, j´ai laissé tomber ma logique malade et toutes mes bonnes excuses, mon orgueil et ma honte, et pour la première fois de ma vie, j´ai demandé de l´aide. C`est ainsi que je suis arrivé aux portes de la communauté. J´ai tout de suite été touché par l´accueil et la compréhension des garçons. Non seulement ils comprenaient que j´étais désespéré, mais ils comprenaient aussi mon désespoir, pour l´avoir vécu eux-mêmes. Ils m´ont accueilli comme j´étais, sans rien me demander, sans rien exiger.

Les premiers temps n´ont pas été faciles. J´avais tant de mal à m´ouvrir et à faire confiance : rempli de mes peurs, je refusais l´amitié et plein d´orgueil, je refusais de me laisser aider. Un jour, après près d´un an passé en communauté, un garçon de ma fraternité, un ami « vrai » et sincère, m´a pris à part pour me dire mes quatre vérités. Je m´en souviendrai toujours, ce n´était pas franchement agréable à entendre. Mais le courage qu´il a eu de ne pas me laisser sombrer m´a ouvert les yeux, et mon sempiternel « je ne vaux rien » est devenu un « je veux mieux faire ». Le mur de la honte s´est écroulé pour devenir un sentiment merveilleux de liberté. J´ai recommencé à croire en moi, et je continue aujourd´hui à parcourir ce chemin de résurrection grâce à de nombreux amis qui savent me montrer ce qui ne va pas, mais aussi me rappeler que je vaux bien plus que mes erreurs.

Le premier d´entre eux c´est Jésus, que je rencontre chaque jour dans la prière et l´adoration eucharistique. Au fond j´avais toujours cru en Dieu, mais j´avais peur de le prendre au sérieux, parce que j´avais peur de ce qu´il pourrait me demander, me prendre. En revanche, il m´a donné plus que ce que je pouvais espérer ; là, dans la chapelle de la fraternité j´ai fait pour la première fois l´expérience du pardon à moi-même, je me suis réconcilié avec ce que je suis et j´ai commencé à sentir une paix intérieure à laquelle je ne croyais plus.

La communauté m´a aidé à reconstruire tous les aspects de ma vie de façon concrète, et jusqu´à ma famille : mon père est venu passer quelques temps avec moi il y a deux ans, et ma mère il y a quelques mois, et en quelques années j´ai vu notre rapport changer de tendu et défiant à libre et serein. Mon chemin  n´a rien à voir avec une thérapie. C´est une vie quotidienne pleine et exigeante à travers laquelle je me reconstruis et où je me découvre plein de dons, de possibilités, et je retrouve le sens et la valeur de ma vie. J´étais seul et aujourd´hui j´ai  des amis sincères, j´étais un raté et j´apprends à être fiable et responsable, j´avais honte et aujourd´hui je suis fier de moi et de ce que je vis. J´avais peur de ce que demain me réserve, aujourd´hui je suis curieux de le découvrir. J´ai passé ma vie à fuir mes démons, et aujourd´hui je les affronte la tête haute, comme un homme. C´est tellement bon d´être enfin libre !

Pierre-Marie